P.D.V. ???Des cris. Une dispute. Une chanson. Une nouvelle. Et le vide.
Ce vide.
Je me réveillai en sursaut. Encore. Encore ce même cauchemar, ces mêmes images, ce même vide. J'étais essoufflée, mes draps étaient humides, ma peau aussi. Je me calmai peu à peu, ralentissant ma respiration. Je regardai mon radio-réveil : 3h23. Tant pis. Je ne pouvais plus dormir, je ne voulais plus dormir.
Je me levai et pris une douche froide, en éspérant ne pas réveiller ma colocataire de chambre... En sortant de la douche, je me vis dans le miroir : de lourdes cernes soulignant mes yeux verts rappelaient la couleur de mes cheveux. Je
lui ressemblai tant... Aujourd'hui, cela faisait trois ans. Trois ans jour pour jour.
***
En arrivant à l'hôpital, je remarquis une agitation bizarre : Il y avait du monde. Trop de monde. Avec des appareils photos, des caméras, des micros... Je fronçai les sourcils mais poursuivis mon chemin.
Devant la porte, il y avait deux hommes : un grand en costard noir, avec lunettes de soleil, oreillettes et tout le tralala, et un aide-soignant que j'avais déjà croisé plusieurs fois lors de mes visites. Le premier me regarda d'un ½il méfiant avant de tourner la tête vers l'aide soignant qui hocha la tête. Le grand me fît signe d'entrer.
En m'approchant de l'accueil, je saluai la secrétaire que je ne connaissais que trop bien...
«
-Bonjour Lydia.- Bonjour ma grande. Comment ça va aujourd'hui ?- Bien, et vous ?- Pareil, merci.- C'est quoi cette agitation dehors ? »
Elle haussa les épaules et me sourit. Je hochai la tête et lui fît un signe de la main en m'éloignant.
J'allai « bien ». C'est ce que j'avais dit. Comme tous les jours depuis trois ans, j'allai « bien ».
P.D.V. NickMerde ? Pourquoi ? Fait chier ? F*c* ? Bordel ? Non. Décidément, il n'y avait aucun mot pour exprimer ce que je ressentais. J'étais quoi au juste ? Triste ? Déçu ? Désespéré ? En colère ? En fait, j'étais les quatre à la fois.
J'avais tout fait. Tout fait pour que ça marche cette fois. J'avais suivi mon traitement à la lettre. J'avais écouté les recommandations des médecins. J'avais fait tout ce que je pouvais. Mais j'étais de nouveau dans un lit d'hôpital. Une rechute. Une rechute qui, d'après les médecins, était plus grave que toutes les autres réunies.
Et je le sentais. Je ne m'étais jamais senti aussi faible.
P.D.V ???Les marches, puis les carreaux défilèrent sous mes yeux, au fur et à mesure que mes pieds se plaçaient l'un devant les autre. J'arrivai devant la porte sans même y penser.
Instinctivement, ou plutôt par habitude, je l'ouvris et entra, toujours plongé dans mes sombres pensées. Lorsque je relevais la tête, je crus que mon c½ur allait s'arrêter.
Non. Pas ça. Pas ce visage. Pas
luiP.D.V. NickCe fût le bruit de la porte qui s'ouvrait qui me tira de mes réflexions. Je relevai la tête et
la vis.
Une jeune fille maigre comme un clou se tenait dans l'encadrement de la porte. Elle avait de longs cheveux bouclés d'un noir d'ébène qui encadraient un visage fin aux contours nets et à la peau pâle. Mais ce qui attira mon regard, ce fût ses yeux. Des yeux d'un vert incroyablement intense. Je compris immédiatement qu'elle n'était pas comme les autres. Non. Elle avait quelque chose en plus. Quelque chose qui la différenciait des autres, de
tout les autres.
Lorsqu'elle me vit, elle se stoppa net. Elle pâlit (si, si, c'est possible) et sa bouche s'ouvrit en un « o » muet. Elle me regarda comme si... comme si je l'effrayais. L'espace d'un instant, elle parut si frêle et fragile que, même si c'était une parfaite inconnue et que, de toute manière, j'étais incapable de me lever, je l'aurai prise dans mes bras.
Mais, tout aussi vite qu'elle était apparue, cette expression de stupeur et d'effroi disparut, laissant place à un visage neutre et fermé. Elle ne m'adressa plus un regard.
Elle s'approcha du lit voisin au mien et se pencha vers la femme qui y était allongée. Elle l'embrassa sur le front et posa ses affaires par terre. Elle s'assit ensuite dans le fauteuil placé à côté du lit, replia les genoux contre sa poitrine et les entoura des ses bras. Puis, elle ne bougea plus pendant de longues minutes, le regard perdu dans le vide.
Bien que ses yeux ne m'accordaient pas un regard, les miens ne pouvaient s'empêcher de se poser sur elle. Ses cheveux sombre cachaient une partie de son visage, si bien que je ne pouvais bien voir l'expression de son visage.
Pendant près d'un quart d'heure, ce fût le silence total, du moins presque : les appareils médicaux émettaient de légers « bip »... Ses yeux continuaient de fixer le vide. Et, sans que je puisse le prévoir, elle parla.
«
-Tu es Nick Jonas. »
La première chose qui me frappa, ce fût sa voix. Elle était mélodieuse et douce, je sentais qu'elle s'efforçait de la mesurer pour cacher des émotions. Quelque chose dans cette voix lui donnait un son dur, mystérieux... et impénétrable.
La deuxième chose, ce fût son parfait accent américain. Elle s'exprimait parfaitement en anglais. Etait-elle vraiment française, au final ?
La troisième chose fût qu'elle avait parlé comme si je n'étais pas réellement là. Comme si elle parlait à un fantôme, un souvenir...
Et la dernière chose qui me surprit, ce fût ce qu'elle avait dit. C'était tellement... simple.
« -
A t'entendre, on dirait que je suis ton pire cauchemar !» tentai-je de plaisanter
Elle releva la tête et planta son regard dans le mien. Le vert de ses yeux, que j'avais d'abord trouvé intense, me parut tout à coup très sombre. Dans son regard, je vis... le vide. Je ne vis absolument rien, le néant. Lorsque je me plongeai dedans, j'eus l'impression de ne jamais pouvoir en sortir. Quelque chose clochait. Ce vide n'était pas réel... Il cachait quelque chose... J'étais sur le point de le deviner lorsqu'elle détourna les yeux. Les quelques instants que j'avais passé dans son regard m'avaient paru des heures...
A l'instant même où elle avait relevé la tête, j'avais compris que j'avais commis une erreur en prononçant cette phrase.
Puis, tout aussi subitement qu'elle avait parlé, elle se leva, prit ses affaires et se dirigea vers la sortie.
«-
Attends ! » m'exclamai-je.
Elle s'arrêta, toujours dos à moi.
« -
Je... je ne connais même pas ton nom.»
Elle se retourna et me regarda de nouveau dans les yeux. Je sentis qu'elle voulait me faire passer un message mais je ne le compris pas... Ses lèvres s'ouvrirent légèrement en tremblant et elle parut sur le point de dire quelque chose. Mais, au dernier moment, elle baissa les yeux et s'éloigna.
Je fronçai les sourcils : j'aurais juré qu'elle était sur le point de pleurer... Je laissai retourner ma tête dans mon oreiller, encore sous le choc de cette rencontre.